Le métier d’art‑thérapeute : reconnaissance, rôle et enjeux
- Espace Arthéa

- 25 déc. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 15 heures
À une époque où le mal‑être psychique progresse et touche toutes les générations, il devient urgent de repenser nos manières de prendre soin. Dans un monde saturé de performance et de rationalité, certaines souffrances restent invisibles, faute de mots pour les dire.
L’art‑thérapie fait partie de ces approches qui soignent autrement. Pourtant, malgré son développement dans les secteurs de la santé, du social, de l’éducation et du bien‑être, elle demeure encore trop peu reconnue. Souvent réduite à un simple atelier créatif, elle peine à être considérée comme ce qu’elle est réellement : une pratique thérapeutique exigeante, humaine et profondément transformatrice.

Qu’est-ce que l’art-thérapie, concrètement ?
Loin des clichés, l’art‑thérapie n’est ni un loisir ni un cours d’art.
C’est un accompagnement structuré qui mobilise la création comme levier d’expression, de symbolisation et de transformation intérieure. Dans un cadre sécurisé et bienveillant, chacun peut créer, dessiner, modeler, écrire, chanter, bouger, non pour produire une œuvre, mais pour donner forme à ce qui ne peut pas toujours se dire.
L’art‑thérapeute n’enseigne pas l’art : il ou elle accompagne un processus psychique, soutient l’émergence des émotions, respecte le rythme de chacun et favorise la mise en sens.
L’alliance thérapeutique est au cœur de l’art‑thérapie : une relation de confiance et de sécurité entre le ou la thérapeute, la personne et le processus créatif. Grâce à elle, la création devient un espace d’exploration et de mieux‑être.
Un métier fondé sur une double expertise
L’art‑thérapeute est un·e professionnel·le formé·e à comprendre les dynamiques psychiques et émotionnelles, et à utiliser différentes médiations artistiques pour accompagner les personnes. Dans un cadre éthique et sécurisant, il ou elle met la création au service du soin : transformer les vécus, raviver l’estime de soi, réveiller les ressources intérieures. Chaque séance se déroule dans un cadre clair et contenant, pensé pour soutenir le processus créatif et offrir un espace réellement sécurisant.

Même si le terme « art‑thérapie » recouvre des réalités professionnelles diverses, il est important de distinguer les pratiques.
Un·e praticien·ne en art‑thérapie n’est pas psychologue et ne pose pas de diagnostic ; son rôle est d’accompagner par la création, l’expression de soi et le mieux‑être. Beaucoup de ces professionnel·les viennent d’horizons variés tels que l'éducation, santé, social, arts, ce qui reflète la réalité du terrain et enrichit leur pratique grâce à une connaissance concrète des publics accompagnés.
L’art‑thérapeute diplômé·e, intervient dans un cadre thérapeutique structuré. Sa formation spécifique, son éthique professionnelle et ses compétences cliniques lui permettent d’accompagner des personnes en souffrance psychique ou en situation de grande vulnérabilité.
Cependant, même si les cadres varient, l’objectif demeure identique : offrir un espace sécurisant où chacun peut explorer son monde intérieur et retrouver équilibre et mieux‑être.
Le travail silencieux du thérapeute

Derrière chaque séance d’art‑thérapie, il y a tout un travail discret mais fondamental : imaginer et préparer les dispositifs, choisir les médiums les plus adaptés aux besoins et aux fragilités des personnes, anticiper les mouvements émotionnels possibles, réfléchir cliniquement et être pleinement présent·e, avec éthique et engagement.
S’ajoute aussi une réalité matérielle souvent oubliée : le matériel artistique : peintures, papiers, argile, instruments, supports d’écriture etc, qui doit être renouvelé pour offrir un cadre sûr et respectueux. La plupart du temps financé par l’art‑thérapeute, il s’use vite et nécessite un remplacement régulier.
Loin de se limiter à l’animation d’un atelier créatif, ce métier requiert une formation spécialisée, une pratique réflexive soutenue, une rigueur clinique et un engagement pérenne, en particulier dans l’accompagnement de publics vulnérables.
Pourquoi l’art agit-il si profondément ?
L’art est un médiateur privilégié parce qu’il mobilise des dimensions que le langage verbal ne peut pas toujours atteindre. Il ouvre un espace où l’expression devient possible autrement, là où les mots se heurtent à leurs limites.
Dépasser les blocages du langage : certaines expériences demeurent indicibles.
Engager le corps et les sens : la création active la mémoire émotionnelle et corporelle.
Instaurer une distance thérapeutique : l’œuvre devient un objet tiers facilitant l’exploration.
Favoriser la transformation psychique : la manipulation de la matière soutient les processus internes.
Renforcer les ressources personnelles : la création nourrit le sentiment d’efficacité, la confiance et l’estime de soi.

« Je me sens comme ce nœud : tissé de mille émotions, parfois emmêlé, parfois fluide. Tout peut coexister, le chaos et la beauté, la complexité et la paix. »
Une reconnaissance encore trop timide
Malgré ses effets reconnus dans de nombreux contextes : hôpitaux, pédopsychiatrie, EHPAD, soins palliatifs, structures sociales, l’art‑thérapie reste encore marginalisée. Les professionnel·les doivent continuellement défendre leur place, leur expertise et la légitimité de leur métier.
Pourtant, la création apaise, régule, reconstruit, redonne du sens et de la dignité.
Elle soutient des personnes en souffrance là où les approches verbales trouvent parfois leurs limites. Il est temps que les institutions reconnaissent pleinement la valeur de l’art‑thérapie et l’intègrent dans leurs dispositifs de prévention, d’accompagnement et de soutien.
L’art‑thérapie n’est pas un luxe.
C’est une nécessité.
Reconnaître l’art‑thérapie, c’est affirmer le droit de chacun à un espace sécurisé pour exprimer ses vécus, se reconstruire et retrouver du sens dans un monde de plus en plus anxiogène. C’est aussi reconnaître la valeur de la création comme soutien essentiel face aux fragilités humaines, là où les mots ne suffisent plus. C’est enfin choisir d’investir dans des approches profondément humaines, capables de restaurer la dignité, la présence à soi et la capacité d’agir. |
Pour approfondir le sujet :
Ces ouvrages offrent des éclairages précieux sur les liens entre art, soin, créativité et transformation intérieure :
L’art qui guérit — Pierre Lemarquis, Boris Cyrulnik
Art‑thérapie : un outil de guérison et d’évolution — Alexandra Duchastel
Profession art‑thérapeute — Richard Forestier
L’art et le soin, cliniques actuelles
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Espace Arthéa
Accompagner par l’art à Strasbourg et alentours
Mettre des couleurs là où les mots n’arrivent pas toujours. 🎨
Espace Arthéa, 25 décembre 2025




Un bel éclairage sur le métier d'art thérapeute dont l'importance semble sous estimée.